Construit au XIXe par un riche indien, le château reprend ses grands airs d’antan après des mois de rénovation. Le travail effectué fait voeu de fidélité au passé. La maison se dresse aujourd’hui fièrement avec l’élégance en héritage.

Le bijou de Bel Ombre. La maison coloniale d’un étage avec des portes-fenêtres, si caractéristiques de cette époque, est une étape incontournable lors d’une visite du Sud de l’île. La bâtisse érigée sur une propriété de 2 500 hectares, composée d’une vaste réserve naturelle et de champs de canne, accueille un jardin à mi-chemin entre un jardin à la française et celui à l’anglaise. Les platebandes dessinées avec soin voient grandir des plantes dans un chaos ordonné. L’allée centrale en pierre, ornée de superbes fontaines, recrée l’atmosphère fastueuse du passé.

Faire revivre les choses du passé pour qu’elles s’intègrent dans la vie d’aujourd’hui. Tel est le pari réussi de Florent Richard, spécialiste du patrimoine, qui a restauré cette célèbre maison de maîtres. Pour atteindre ce résultat abouti, l’architecte parisien, a mené un véritable travail de fourmi, effectué des recherches approfondies, fouillant dans l’histoire pour recréer cet univers d’autrefois qui s’inscrit dans notre patrimoine. Heritage Le Château resplendit et affiche l’élégance dans tous les coins et recoins. Aucun espace n’est négligé, un soin particulier est apporté à chaque pièce, à chaque objet pour redonner vie à cette ancienne demeure. Le château construit au XIXe siècle est l’oeuvre de Hajee Jackaria Hajee Ahmed, un riche propriétaire indien qui, hélas, n’y vécut jamais. Ce gentleman aurait sans doute porté un regard approbateur sur le travail effectué par Florent Richard qui a rouvert Heritage Le Château en septembre dernier après trois mois de rénovation. Recréer des scènes de vie, une ambiance et des moeurs du passé ont nécessité au total deux longues années de travail et de reflexion. La demeure comprend un restaurant gastronomique, un lounge et un piano-bar au rez-de-chaussée et un appartement à l’étage. Recomposer l’agencement des meubles de la maison est le résultat d’un travail précis réalisé à partir d’archives datant de 1841. L’architecte se lance alors dans sa formidable quête aux objets en France et à Maurice. De leur côté, Annabelle de Chateauneuf et Géraldine Bouic, propriétaire de L’Antiquaire à Curepipe, ont travaillé en tandem pour décorer le château et rendre ce lieu magique. «Quand nous avons commencé le travail, il n’y avait pas grand-chose dans la maison sauf la grande table familiale d’époque et les chaises. Nous avons introduit toutes les autres pièces du mobilier. Certains meubles ont été trouvés localement tandis que d’autres ont été fabriqués par des artisans locaux au savoir-faire exceptionnel. Ils ont effectué un travail extraordinaire», explique cette passionnée d’antiquités. Fauteuils, vases, consoles, lampes, carafes regagnent leur place d’autrefois. Comme si rien n’avait changé. Tout rappelle l’histoire du pays. Le travail effectué par Florent Richard permet désormais à l’histoire de Heritage Le Château de continuer à s’écrire… en lettres d’or .

Le salon s’agence avec goût. Le canapé Chesterfield s’accorde parfaitement avec des fauteuils en bois sculptés. Les tons clairs des tissus rehaussent la beauté de la boiserie qui habille tant les murs que le sol. Les vitraux colorés s’intègrent parfaitement dans cet univers particulier. Un ensemble chic où chaque détail compte, telle cette lampe sous cloche d’époque et ce grand miroir qui reflète le passé. Le travail effectué au niveau de la décoration et de la recherche du mobilier démontre la passion de l’architecte et de la décoratrice pour cette maison emblématique.

“PRENEZ PLACE DANS LA SALLE À MANGER DES CHEFS POUR UN DÎNER GASTRONOMIQUE MÉMORABLE”

Le rez-de-chaussée accueille la salle à manger des Chefs où sont servis des repas gastronomiques. La vaisselle de la Maison Christofle est emblématique de l’art de la table. Une vraie vie de château. Cette pièce, séparée par un paravent en bois sculpté, s’ouvre sur le salon. En y pénétrant, le regard est inexorablement attiré vers le plafond orné de magnifiques rosaces et de lustres en cristal.

ON REMONTE LE TEMPS À UNE ÉPOQUE GLORIEUSE POUR QUE L’HISTOIRE NE S’ARRÊTE PAS.

PHOTO GAUCHE: Les papiers peints de la maison Zuber rappellent l’histoire du pays et les origines angloindiennes de Hajee Jackaria Hajee Ahmed. Les scènes de vie de la Grande Péninsule avec des maharadjas enturbannés ou celle de Paul et Virginie en noir et blanc sont fidèles à l’esprit de la maison. Le papier peint continue à raconter l’histoire des lieux et nous éclaire sur le mode de vie de cette demeure qui fait la fierté de notre patrimoine architectural et culturel.

PHOTO DROITE: Le piano-bar laisse présager des soirées mondaines au rythme de la bonne musique. On se laisse emporter par de douces notes dans cette ambiance cosy. Ce petit salon pensé dans un style contemporain avec des fauteuils plus dans l’air du temps est une invitation à la détente. Les teintes sobres et reposantes du mobilier s’harmonisent à la boiserie et aux gravures des scènes de vie de Maurice d’antan. Les lumières apaisantes sont rehaussées par des abat-jour contemporains et des lustres vénitiens d’une autre époque.

La splendeur passée recréée avec élégance et le souci du détail. Toutefois, tout n’est pas nouveau dans cette pièce. La grande table est le seul mobilier qui date de l’époque de la maison qu’on retrouve dans toute la demeure. On notera la finesse des moulures et les immenses portes en bois qui rivalisent avec le charme du papier peint. Dans cette pièce, l’architecte et la décoratrice ont créé un mariage de style et d’époque en associant des buffets richement sculptés, des consoles élégantes et des guéridons d’époque à des petits fauteuils blanc cassé résolument contemporains. Une idée déco à adopter.

Dans le petit bureau au premier étage, on entendrait presque les conversations d’alors. Le fauteuil au tissu rouge fait des clins d’oeil au mobilier d’une essence foncée. Une idée à reproduire pour donner un style élégant à votre intérieur. Le jeu des formes et des couleurs, les chaises disparates, le vaisselier antique sont les atouts de la pièce. La vieille malle qui trône au centre fait référence à celles de la Compagnie des Indes et nous invite au voyage.

La chambre à coucher juxtaposée au bureau est l’atout charme de la demeure. Elle accueille les résidents de l’établissement Heritage le Telfair qui veulent vivre une expérience unique le temps d’une nuit en tant que châtelains. Les rideaux blancs et la méridienne blanc cassé procurent une ambiance tropicale à l’ensemble. Les tableaux immortalisant des scènes d’époque, la vaisselle en porcelaine, les objets de la décoration s’assemblent les uns aux autres pour nous faire remonter le temps.

“ÉLÉGANT ET AUX DRAPÉS IMMACULÉS, LE LIT À BALDAQUIN INVITE AU REPOS”

Qui refuserait de passer une nuit dans ce lit à baldaquin aux drapés immaculés ? Romantique, il habille la chambre avec l’élégance d’autrefois. Une chambre baignée de lumière grâce à quatre portes qui s’ouvrent sur la varangue et le bureau, une particularité des maisons coloniales qui leur procure tout leur charme.

“AMBIANCE COLONIALE ET EXOTIQUE, SOUS LA VARANGUE AVEC VUE IMPRENABLE SUR LE JARDIN”

Qui dit demeure coloniale dit aussi varangue au charme unique. Le château est encerclé d’une vaste varangue permettant de s’y asseoir et d’admirer le panorama de cette partie de l’île. Les fauteuils en rotin blanc ornés de coussins aux motifs de cocotiers rappellent l’ambiance des îles.
La magnifique balustrade en fer forgé et les colonnades à rainures rivalisent avec le «châlis» rouge, si caractéristique de cette époque.

L’escalier extérieur en pierres de taille et sa balustrade en fer forgé ne manquent pas de caractère. On adore les assiettes en porcelaine aux formes et tailles différentes. Une belle idée déco.

Pause exotique dans cet espace lumineux habillé d’une verrière immaculée. Le canapé d’époque est rehaussé par l’exotisme des imprimés, mis en valeur par le pot de fleurs en cuivre. Le tapis en jute se marie parfaitement au «châlis» rouge d’antan.

Le carrelage en damier noir et blanc, esthétique, apporte cet esprit de simplicité élégante à l’intérieur. Revenant à la mode, il s’adapte à tous les styles. La couleur gris vert très tendance complète joliment l’ensemble.

Dos au mur en pierre, cette console épurée aux accents d’autrefois agrémente la décoration avec ses courbes élégantes. Et pour compléter le tout, des
pots de fleurs en fer et un miroir sculpté qui reflète la lumineuse verrière.

Source: Magazine Lacase No 50
Reportage | Michel Alphonse
Photos | Jean-Noël Ahkee