Après sa réussite à Seapoint Boutique Hotel, au nord de l’île, le groupe Sea Resorts Hotels reprend la gestion de l’hôtel Calodyne-sur-Mer et donne un coup de jeune aux installations de l’établissement avec une inspiration 100 % mauricienne moderne. Bienvenue au Seaview Calodyne Lifestyle Resort.
Ceci pourrait être le récit d’un «Avant-Après» très réussi… Mais ce serait faire l’impasse sur le travail entrepris ces derniers mois pour transformer ce qui a été longtemps connu sous le nom de Calodyne-sur-Mer en ce joyeux établissement quatre étoiles accordant une place appréciable au design. Un travail autant sur la forme que sur le fond. Le contrat de gestion a été accordé au groupe Sea Resorts ayant pour Chief Executive Officer & Managing Director, George Ayoub, et pour Chief Operations Officer & General Manager, Navind Greedharee. Ils ont souhaité accoler à la nouvelle appellation le terme «Lifestyle». Choix délibéré. Il s’agit pour eux de se rapprocher du client et de lui offrir une expérience qualitative dans un lieu convivial disposant de 82 chambres, dont 30 chambres familiales.
Pour apporter la nécessaire touche de modernité, ils ont fait appel au designer Mario Guillot après avoir découvert ses réalisations, notamment au restaurant Kas Poz, à Ébène. «Son style m’a tout de suite plu, même si je savais qu’il faudrait l’adapter à notre établissement», raconte George Ayoub.
Premiers contacts, premières consignes. En équipe, ils élaborent le concept. Celui-ci tourne autour de «l’âme mauricienne, mais sans ostentation ni exagération». De petites touches qui renvoient à une «Mauritian way of life». Aux images marquantes, mais pas aux clichés. Aux visages souriants, à la couleur locale…
C’est en cela que la signature de Mario Guillot (il en est à son coup d’essai dans la rénovation d’hôtel) révèle une multitude de facettes : son inspiration se nourrit de tous les aspects de la vie «à la mauricienne» : les couleurs de notre quadricolore, les marchands de street food, les devantures de magasin, les affiches partant à l’assaut du moindre centimètre carré, malgré de tonitruants «Défense d’afficher». En deux mois, les différents espaces de l’hôtel se revêtent d’habits modernes. Bois brut, contreplaqué, surfaces repeintes, couleurs primaires. Du nouveau mobilier est fabriqué pour l’hôtel, «en s’appuyant sur tout ce que l’on retrouve dans la culture mauricienne», selon Mario Guillot.
L’ambition de George Ayoub et de Mario Guillot : pousser le visiteur, partant d’une affiche, d’une photo ou d’un présentoir à nourriture, à poser des questions et à tenter l’immersion… dans l’île.

“LA BELLE HAUTEUR SOUS PLAFOND PERMET LA MISE EN SCÈNE DU QUADRICOLORE EN VISAGES”

Rouge, bleu, jaune et vert… Ils servent de ligne directrice au designer. Mettant en perspective les visages de nos concitoyens. Off rant aussi un joli contraste avec l’impressionnant arrière-plan bleu nuit. Le choix de cette couleur est rendu possible par les dimensions de la paroi et l’apport de lumière naturelle.

Quel lien y a-t-il entre une Une de journal, des photos de notre emblématique Kaya national, des interrupteurs et la plage de Grand-Gaube ? Ils nourrissent tous l’imaginaire du designer qui révèle ici sa sensibilité d’artiste inspiré par la sérigraphie.

Autre surprise : le mobilier. Au canapé et au fauteuil à la géométrique parfaite sont associées des couleurs qui claquent. Et au milieu, une table basse à message nous annonce la proximité de la plage. Mario Guillot, lui, résume ce parti pris en deux mots : «Énergie positive !»

L’étagère asymétrique joue en fait les paravents, cachant presque le billard. Le choix du designer pour ancrer davantage son projet dans la modernité : du contreplaqué très épais, dont certaines planches conservent leur aspect brut tandis que d’autres adoptent une teinte pétante. «Quand j’utilise le contreplaqué, j’aime montrer la tranche qui, lorsqu’elle est bien polie, est attrayante, note le designer. Lorsqu’on utilise le bois, il vaut mieux qu’il reste aussi proche que possible de son état naturel.» Dans ce salon cosy, les tables basses jouent la même partition de l’originalité. Leurs surfaces lisses s’ornent de feuilles de palmier qui apportent du piquant.

Le vacancier appréciera la touche d’humour consistant à peindre, sur les coussins, des mots tout simples, mais évocateurs. «Soleil» et «brise» riment assurément avec «bonheur». Voilà qui ne peut que donner la pêche, (Ci-contre) Planté dans le sable fi n, le poteau de direction a de quoi faire perdre le nord ! «Bar», «spa», «Coin de mire» passe encore… Mais «Joy» ou «Paradise» ? Les clins d’oeil entendus sont de rigueur.

“FOLKLORIQUES, CES AFFICHES ATYPIQUES HAILLENT JOLIMENT LE MUR DU COIN LOUNGE”

Comment habiller des murs de manière originale ? Comment apporter la touche locale si nécessaire à un hôtel qui a aussi pour vocation de faire vivre le folklore d’un pays. Mario Guillot a imaginé ici un fl orilège d’affiches tout droit venues de nos villes et villages. Ces reproductions rendent hommage aux peintres en bâtiment qui, au besoin, s’improvisent typographes en réalisant des enseignes et pancartes pour appâter la clientèle des magasins ou des ateliers… «Ces enseignes nous entourent, mais nous n’y faisons même pas attention. Or, il y a là un intéressant travail sur la typo», observe le designer.

Le coin bar adopte une jolie nuance corail pour séduire les amateurs de boissons corsées… Cette couleur tranche avec l’apparence de la partie inférieure recouverte de feuilles de tôle passablement malmenées par le temps et recyclées. Un autre élément attire les regards : les suspensions asymétriques arborant, qui une image de dodo, qui une reproduction d’affiche.

Les couleurs primaires renvoient à un univers joyeux et pétillant fleurant bon l’enfance. C’est dans ces coloris que se déclinent des canapés aux lignes épurées. Un bon compromis, estime le designer, lorsqu’on a, à côté, un sol habillé de béton ciré gris au sol, pour la note sophistiquée. Il y associe des tables basses aux couleurs pastel ainsi que des tabourets de bar aux finitions brutes.

Ci-dessus, le restaurant offre ce que recherche tout vacancier : la vue sur la mer et en bonus, le panorama des îles du Nord. Pour cet espace, George Ayoub et Navind Greedharee souhaitaient du mobilier confortable, contemporain et coloré.
L’on notera que les couleurs du drapeau y sont représentées, aux côtés des tables aux finitions brutes et à piètement blanc. Une petite ambiance cantine qui réchauffe la déco. Explication de Mario Guillot : «En associant couleurs toniques et bois brut, j’ai avant tout voulu créer une bonne énergie.» Changement de décor pour le restaurant à la carte, qui mise, lui, sur du mobilier aux couleurs homogènes – azur, marine et turquoise – et sur de la vaisselle raffinée.

La bouteille de rhum, les boîtes de cire ou de sardine : des incontournables du paysage mauricien. Ils sont élevés ici au rang d’icônes du «pop art» comme le fut, dans les années 60, la boîte de soupe Campbell, nous rappelle Mario Guillot. Comment, en effet, ne pas penser à Andy Warhol et à sa façon si particulière de s’amuser avec les objets du quotidien.

La commode blanche, comme celle qui se trouve dans la cuisine du restaurant, est une version «fun» du meuble de rangement. La vaisselle et les couverts y sont bien à l’abri, sans que l’on puisse deviner ce qu’ils recèlent. Habillage ou camouflage ?

Nous voici plongés dans l’univers odorant du marché de Port-Louis avec ses vitrines accueillant des merveilles gustatives. L’on a ainsi droit aux versions «Macatia coco» et «gâteau piment», entre autres. Seule contrainte du designer en réalisant ces présentoirs à nourriture : éviter qu’ils n’aient l’air artisanal.

L’affiche de cinéma a été retravaillée par le designer qui s’est appesanti sur la typo et les couleurs. «Cela renvoie à mon enfance», dit-il. Et à celle de nombreux Mauriciens… La mélodie du bonheur reste une des constantes de la collection de Mario Guillot.

Des murs d’un blanc éclatant, des accessoires déclinés dans des tons bleus et verts : une brise marine souffle sur l’appartement familial. On y trouve une multitude de motifs tout droit sortis de l’océan ; ils s’affichent notamment sur les chemins de lit ou les tableaux. Le style ? Il fait des emprunts au beach chic (grâce aux surfaces cérusées, aux meubles en rotin laqué) mais aussi au style marin, avec les coussins à rayures et une palette bleue soutenue. Pour les chambres, le designer avoue avoir misé sur les couleurs plus classiques.

Des chutes de bois ornant le cadre du miroir, de fi nes branches pour habiller le plafond : cette cabine de spa s’appuie sur des matières naturelles pour offrir une ambiance volontairement tamisée. Surplombant le plan vasque, un tableau hors du commun : dans un cadre de bois cérusé, étoile de mer, et coraux prennent leurs aises. En fait, que l’on se rassure : il s’agit de pièces fabriquées avec de la résine, de l’argile et beaucoup d’amour, par Sharanaz Subratty.

L’entrée du spa, déjà, incite à baisser la voix d’un ton ! Ici, l’on pénètre dans un univers silencieux où les couleurs neutres et les formes arrondies invitent aussi au calme. Même le panneau décoratif contribue à créer cette atmosphère feutrée. Encore un message ? «Relax».

Source: Magazine Lacase No 46
Reportage: Christine DECOSTA
Photos: Jean-Noël AH KEE